Liens
2025
Installation textile réalisée à partir de bas de nylon réemployés et teints, et de pierres. Dimensions de l’installation : 10 × 10 × 3 m (ajustables).
« Les Liens ne se contentent pas d’unir : ils engendrent. Ils ne s’ajoutent pas à ce qui préexiste, ils en suscitent l’émergence. Dans cette installation, des textiles suspendus interagissent avec des pierres disposées au sol, mettant en tension la souplesse et la densité, le mouvement et la mémoire matérielle. L’œuvre se déploie dans une dialectique entre fragilité et permanence, entre suspension et ancrage. Le textile révèle sans enfermer ; il épouse les formes dans leur vibration, dans leur capacité à se laisser traverser. Chaque attache devient un événement, un nœud organique où affleure une mémoire souterraine. Ce réseau de matières et de forces constitue un rhizome, un champ relationnel parcouru de co-présences, de frictions et de correspondances.
Disposées au sol, les pierres s’imposent comme des masses de mémoire, condensées dans leur lenteur. Elles instaurent une contre-force face à la légèreté mouvante du textile. Elles incarnent la gravité du territoire, sa manière propre de répondre au passage. Leur matérialité dense introduit dans l’espace une
temporalité dilatée, stratifiée, marquée par l’érosion, l’histoire et l’attente. Elles rappellent que tous Liens s’éprouvent à l’aune de l’inertie qu’ils rencontrent et de la résistance qu’ils affrontent.
Depuis la fenêtre, le fleuve Saint-Laurent s’invite silencieusement dans la lecture. Ligne fluide, palimpseste liquide, il se prolonge au-delà des frontières matérielles et déploie son propre vocabulaire du passage, du territoire mouvant, de l’impermanence. Par son souffle latent, il relie l’intérieur à l’extérieur, l’œuvre au monde, l’ici à l’ailleurs. Liens propose ainsi une pensée du territoire envisagé non comme un périmètre, mais comme une surface poreuse et résonante, traversée par des devenirs, des altérités, des lieux en tension. Il se meut en un espace où le rapport à l’autre existe sans fixité: se tisse, se détisse et se rejoue sans fin. »
Annabelle Francoeur, Conservatrice, Musée de Rimouski
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